Faut-il ou ne faut-il pas pratiquer les armes pour faire de l'aïkido ? A priori, O Senseï lui même doutait... C'est peut-être ce qui explique qu'aujourd'hui il y ait les partisans et les opposants à la pratique du bukiwaza (pratique des armes).
Quand je dis qu'O Sensei doutait, c'est bien sûr une interprétation très personnelle que je fais d'après le constat suivant : sur la fin de sa vie il n'encourageait pas (voir décourageait ?) la pratique des armes et on en voit la conséquence sur les choix pédagogiques faits par son fils Kishomaru. Kishomaru n'a pas placé la pratique des armes au coeur de sa méthode pédagogique.
A contrario, un pratiquant de longue date aux côtés d' O Sensei (et à une époque où ce dernier pratiquait beaucoup les armes), Morihiro Saïto, a reçu un enseignement plus important en matière de maniement des armes. Enseignement qu'il a lui même codifié dans des séries de katas que sont les kumijo (kata de jo pratiqués à deux) et les kumitachi (kata de bokken pratiqués à deux). On trouve également le très répandu kata des 31 mouvements.
Cette différence d'importance dans le traitement des armes fut d'ailleurs à l'origine de la cission du courant Iwama de l'organisation Aïkikaï. En effet, Morihiro Saïto s'apercevant que le niveau de pratique des armes était médiocre décida de délivrer des diplômes certifiant le niveau atteint dans la pratique des armes. Or il était le seul à assurer à ses élèves cet enseignement et cette démarche irrita certainement Kishomaru qui lui demanda de cesser de délivrer des diplômes pour la pratique des armes.
Voilà pour ce que je sais (ou crois savoir ?) sur le pourquoi du comment de la situation actuelle. Alors, faut-il pratiquer les armes pour faire de l'aïkido ? Force est de constater que nombreux sont les Maîtres de l'aïkido qui possède un sérieux baggage dans le maniement du sabre. Mais cela a-t-il amélioré leur aïkido ?
A mon sens la pratique des armes est avant tout une affaire de goût. Il est certain que cela permet de travailler son attitude, ses déplacements, l'harmonisation à l'autre, une autre distance que celle du taïjutsu etc. Mais cela n'est pas indispensable.
Non, ce qui m'intéresse dans la pratique des armes c'est qu'elle me replace dans le cadre qui a présidé à la naissance de l'aïkijujutsu, dans un contexte où le sabre et la lance étaient les premiers outils du combat. Les anciennes écoles (Koryu) étaient avant tout des écoles d'armes. Le combat à main nue n'est né qu'avec les sociétés modernes interdisant le port des armes.
Pratiquer les armes, c'est tenter de retrouver les origines de l'aïkijujutsu à travers des techniques anachroniques certes, mais qui permettent de comprendre le présent.